ANDRÉ MARKOWICZ


La gloire d'André Markowicz dans les médias n'a d'égale que l'agacement qu'il suscite chez certains de ses pairs. C'est le grand décapeur-en-chef. Il retraduit les classiques russes pour restituer les couleurs d'origine, atténuées (dit-il) par des versions trop académiques, alors qu'un Dostoïevski, selon lui, se fiche du beau langage et ne cherche que le mouvement et la vie.

J'ai été emballé par ses Carnets du sous-sol ; en lisant son Crime et châtiment je me sens parfois perplexe. Oui, sa traduction est d'une force torrentielle, on la prend en pleine gueule. Seulement j'ai l'impression que ce parti-pris forcené de mot-à-mot, grâce auquel, souvent, il tombe dans le mille et nous bouleverse, l'entraîne parfois au-delà de la cible, dans l'artifice et même le n'importe quoi. J'apprécie encore, par exemple, «quelque chose lui brilla aux yeux». Mais «il avait comme besoin de lui comme pour quelque chose» ? Et ce visage qui «se couvrit comme même de tristesse» ? Et quand bien même on aimerait ça, il faut savoir que l'original, en ces endroits-là, est simplement familier, mais sans étrangeté ; que l'effet est surajouté, donc menteur.

Oublions ces scories. Seules les petites rivières sont limpides. J'aime le travail de Markowicz contre une grande partie de moi-même, il me bouscule et cela est bon.



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(publié dans PAGES D'ÉCRITURE N°4 en décembre 2003)